Pourquoi les mélèzes sont-ils oranges cet été ?

21 juillet 2026
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Invasion 2026 : la tordeuse grise du mélèze s’invite pour sa deuxième année en Ubaye 

Par Johan Roure (ONF) & Julien Goullier-Lagadec (DSF)

 

Depuis le 10 juin 2026, certaines forêts de l’Ubaye ont pris des allures étranges : branches nues, couleurs automnales… alors que l'été vient à peine de commencer. Pas d’erreur de saison, mais la marque d’un petit insecte bien connu des forestiers : la tordeuse grise du mélèze. 

Un papillon discret, des dégâts spectaculaires 

La tordeuse grise est un papillon nocturne de quelques millimètres à peine. Sa chenille, en revanche, sait se faire remarquer : elle tisse de fines toiles autour des jeunes aiguilles de mélèze et les dévore. Résultat : en quelques jours, l’arbre se retrouve dénudé, donnant l’impression d’une forêt morte ou en plein automne.

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Photo n°1: La tordeuse grise 

2025 : le début du phénomène en Ubaye 
2026 est la seconde année d’invasion, après une année 2025 marquante pour l’Ubaye. Non pas par l’intensité de la pullulation, mais parce que le phénomène a surpris tout le monde en débutant en Ubaye au lieu du Briançonnais. Dès la mi-juin, plusieurs secteurs étaient déjà atteints : Bachelard, Riou Bourdoux, Costebelle, La Condamine, col de Mary, jusqu’à Larche.

En l’espace d’une journée, la métamorphose est frappante : les toiles argentées recouvrent les rameaux et la canopée vire du vert au brun. Entre le 17 et le 25 juin, l’invasion a gagné de l’altitude, comme à son habitude. 

 

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Il est normal d’observer cette deuxième année, qui devrait être la dernière d’un cycle de 2 ans. En effet, tous les 8 à 10 ans, ce phénomène revient dans les Alpes avec un rythme quasi parfait, et la phase de pullulation s’étend sur deux années. 

Un cycle naturel… qui évolue avec le climat 
Depuis des siècles, la tordeuse suit un cycle très régulier : 

  • Latence : très peu de chenilles 
  • Gradation : la population augmente 
  • Culmination : invasion et défoliation massive 
  • Rétrogradation : chute brutale des effectifs 

Les archives montrent que ce rythme dure depuis au moins le IXe siècle. Mais aujourd’hui, le réchauffement climatique bouscule ce calendrier. Les pullulations montent en altitude, entre 2 000 et 2 200 m, et démarrent parfois plus tôt. 

Faut-il s’inquiéter ? 
Bonne nouvelle : un mélèze ne meurt pas de cette attaque, même s’il perd toutes ses aiguilles. Il mettra simplement plusieurs mois à retrouver sa vigueur et produira beaucoup moins de bois pendant l’année touchée.

En revanche, l’impact visuel est important et peut surprendre habitants et visiteurs. 

Pas d’intervention, mais un suivi attentif 
« Il n’existe pas de traitement. Notre rôle est de surveiller, d’informer et d’étudier le phénomène », explique Lilian Micas, entomologiste forestier à l’ONF. 
Ces défoliations, aussi spectaculaires soient-elles, font partie des cycles naturels des forêts alpines. Elles rappellent que la nature a ses propres équilibres… mais aussi que ces équilibres peuvent changer avec le climat. 

Pour les forestiers, cette deuxième année de pullulation constitue également une occasion précieuse de mieux comprendre l'évolution des écosystèmes alpins face au changement climatique. 


BIBLIOGRAPHIE 

Roques A. (2025). Déplacements dans l’arc alpin de la tordeuse grise du mélèze, in Robinet C. et al., 
Invasion et expansion d'insectes bioagresseurs forestiers, Quae Open. 
DSF – Département Santé des Forêts (2006). La tordeuse grise du mélèze. 
ONF – Observations de terrain, notamment par Johan Roure (2025). 
Interview de Lilian Micas, ONF, correspondant DSF 04